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La société ivoirienne de construction et de gestion immobilière (SICOGI) poursuit son plan de redynamisation, malgré la situation socio politique difficile de la Côte d'Ivoire. Ça bosse dur. Nous avons fait une incursion dans cette entreprise. Le directeur général, M. Vincent Libi Koita, s'est ouvert aux lecteurs du quotidien " Le matin d'Abidjan ". Dans cet entretien, il fait cas de la santé actuelle de la société. Il parle aussi des réalisations effectuées, des chantiers en cours et des ambitions de la SICOGI pour permettre à chaque Ivoirien de bénéficier d'un toit, quelle que soit sa classe sociale. Nous vous livrons la première partie de cette interview.
Monsieur le Directeur Général, comment se porte aujourd'hui la SICOGI ? Qu'est-ce qui a véritablement changé depuis votre arrivée à la tête de la société ?
La SICOGI se porte bien. Ce qui a changé, c'est que les projets en cours de réalisation et qui avaient été arrêtés ont été achevés. Depuis mars 2001 que je suis à la tête de la SICOGI, nous avons réalisé plusieurs projets. A savoir, celui de la Djibi 3e tranche, 254 logements. La Riviera Palmeraie, 267 logements. Les Deux Plateaux pacifique, 86 logements, Niangon Réconciliation, 133 logements. Nous avons aussi San Pedro Jules Ferry. On a terminé le projet Adjamé Sud en face de Fraternité Matin, des Deux Plateaux Latrille et le marché de Treichville qui avaient également été arrêtés.
Pensez-vous avoir répondu aux besoins des populations abidjanaises ?
Vous savez, les besoins en logement de la population abidjanaise sont énormes. D'après les statistiques que nous avons, les besoins sont autour de 20.000 logements par an. Ce sont-là des chiffres d'avant la guerre. Avec les populations déplacées sur Abidjan du fait de la crise, les besoins en logement se sont accrus. Donc nous ne pouvons pas prétendre, nous seul, SICOGI, répondre à l'ensemble des besoins des populations de la Côte d'Ivoire. Cela supposerait que la SICOGI doit construire 20.000 logements par an. En termes de capacité technique, nous n'avons pas d'inquiétude mais le problème se situe au niveau du financement. Nous n'avons pas de financement pour construire 20.000 logements par an. Le secteur de l'immobilier est un secteur très capitalistique. Quand on voit une promotion immobilière de 250 à 300 logements par exemple, c'est facilement 4 milliards FCFA qu'on y investit. Un projet comme Abobo PK 18 de 2650 logements, c'est au total 35 milliards FCFA d'investissement.
Vous avez parlé d'un projet à San Pedro. Est-ce que vous pouvez nous en dire davantage ?
Le projet de San Pedro Jules Ferry a démarré en 2004. Nous l'avons réalisé pour répondre aux besoins des populations de cette localité. Nous rappelons que San Pedro a le plus grand bidonville avec Bardo. La spéculation est très forte en matière d'immobilier à San Pedro. Et nous nous sommes engagés à atténuer cette spéculation en construisant des logements que pouvaient acquérir les employés, les agents de maîtrise, les cadres… Avec ce projet, vous avez une maison de 2 pièces à 5.900.000, une maison de 3 pièces à 7.900.000, une villa de 4 pièces à 15.000.000 FCFA. Les acquéreurs se mobilisent. A l'exemple de la société SACO qui a déjà permis à ses employés de disposer de 51 logements. Lors de la cérémonie de remise des clés qui a eu lieu récemment, le directeur général du groupe a promis d'acquérir 15 autres logements pour son personnel. C'est un exemple qui mérite d'être suivi par les autres sociétés de la place. Les employés ont besoin de vivre dans un cadre bien assaini avec leur famille, pour leur éviter tous les soucis et autres problèmes de maladie susceptibles d'entacher leur rendement.
Tout à l'heure, vous évoquiez le projet Abobo PK 18. Les populations attendent beaucoup de cette opération. Quels types de logements allez-vous offrir sur ce site ? Et à quelle bourse ?
Il y a déjà un engouement pour ce projet. Nous enregistrons à ce jour (ndlr, lundi dernier 12 février 2007) 65 personnes qui ont pris des options sur ce projet. Après 2 semaines seulement de commercialisation. Ce sont des logements économiques qui partent de 7 millions jusqu'à 15 millions FCFA. C'est un projet très ambitieux - qui va répondre efficacement aux besoins des populations. Aujourd'hui, quand nous construisons, nous ne le faisons pas pour une classe sociale spécifique, une classe donnée. Nous permettons un brassage de la population. Il y a des maisons de tous les standings sur chaque site. Il n'y a donc pas de quartier spécifique.
Quelles sont les conditions pour acquérir les logements dont vous parlez sur le site PK 18 ?
Ce sont des projets qui vont durer 15 mois. Soit le client fait un achat à tempérament et il paie pendant les 15 mois. Ou bien il dit : "Moi j'ai ma banque qui peut me financer". Alors il donne son apport initial. Et sa banque nous écrit pour confirmer qu'elle lui accorde le crédit. Quand la maison sera terminée, c'est la banque qui paie. C'est un projet agréé CDMH (Compte de mobilisation de l'habitat) qui vous permet d'avoir un taux d'intérêt pas trop élevé et de bénéficier d'un remboursement sur 10 ou 15. ans.
L'impressionnant parcours de Libi Koita
Le DG de la SICOGI est né le 21 janvier 1952. Après avoir subi avec succès le concours du baccalauréat économique, série B au Lycée technique d'Abidjan, Libi Koita se rend en France où il obtient la maîtrise en Sciences économiques, option gestion. Le diplôme est complété par une formation chez IBM, entreprise américaine opérant dans le domaine de l'informatique, en France, où il sera recruté en 1978 en qualité d'ingénieur commercial. IBM, rappelons-le, était à l'époque la plus grande entreprise au monde avec près de 400.000 employés. L'Ivoirien Libi Koita a fait donc honneur à son pays, la Côte d'Ivoire en intégrant le personnel de cette grande multinationale, au plus haut degré de la hiérarchie d'ailleurs. En 1980, il est affecté à Abidjan et y exerce encore comme ingénieur commercial jusqu'en 1981. Cette expérience lui permet de taper facilement dans l'œil des dirigeants de BULL, une société française, également spécialisée dans le domaine de l'informatique. Libi Koita est engagé en qualité d'ingénieur commercial, chargé de promouvoir les solutions de la société au niveau des PME en Côte d'Ivoire, de 1981 à 1986. De 1986 à 1989, il est chargé des grands comptes chez BULL, avant de se voir confier la responsabilité commerciale des pays de la sous région, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, la Guinée, le Mali, le Niger et le Togo. Mais l'ingénieur commercial décide par la suite de quitter l'entreprise pour une autre proposition. Il accepte de prendre la direction d'une autre société d'informatique créée par le PDG d'un des plus grands groupes de téléphonie mobile en Côte d'Ivoire. Et ce, de 1997 à 2000. Libi Koita réussit à asseoir la stratégie de développement nécessaire à l'entreprise. Et depuis 2001, l'Etat de Côte d'Ivoire n'a pas hésité à lui confier la direction de la SICOGI. Les résultats sont plus que satisfaisants, malgré les difficultés liées à la crise et le manque de financement qui perturbent la réalisation entière du programme d'actions proposé. Mais l'on note que la SICOGI reste debout. Plusieurs chantiers en souffrance avant la prise de fonction du DG ont été achevés. Et d'autres réalisations sont sorties de terre. Les nouvelles perspectives et les projets en cours de réalisation sont également très encourageants. Libi Koita n'a pas donné tort à ses mandants. C'est le contraire qui aurait suscité des interrogations sur cet homme discret mais très efficace. Très accessible, attentif et ouvert à tous. Un bureau qui ne désemplit jamais, fréquenté par les partenaires, les fournisseurs, les clients… Cela ne surprend pas. C'est la marque des grands managers. Tout simplement.
De la mission de la SICOGI
Créée le 22 mars 1962, la Société ivoirienne de gestion immobilière (SICOGI) est le fruit de la fusion de la Société immobilière des habitats à bon marché de Côte d'Ivoire (SIHCI) et la Société d'urbanisme et de construction de Côte d'Ivoire (SUCCI). De sa création jusqu'en 1980, la société produisait essentiellement des logements économiques à usage locatif. Les financements à long terme et à taux privilégiés octroyés par la banque mondiale, l'Agence française de développement et bien d'autres structures ont permis, à cette époque, à la SICOGI de répondre aux besoins des Ivoiriens en mettant sur le marché des maisons en location simple et en location-vente. Avec ces fonds à sa disposition, à hauteur de 54 milliards de francs CFA, la société a pu construire plus de 36.000 logements à travers les communes d'Abidjan. Koumassi, Marcory, Treichville, Cocody, Abobo… Un peu partout dans la capitale économique du pays, la SICOGI a ainsi réalisé des constructions à la disposition des travailleurs des secteurs privé et public. Le coût du loyer pour ces habitations variait entre 10 et 15.000 Fcfa pendant les années 70. A partir de 1980, année du début de la récession économique, la SICOGI a amorcé la seconde phase de son évolution. Les financements étant suspendus, et l'Etat faisant face à d'énormes difficultés de trésorerie, la société choisit d'orienter ses activités vers la production de logements économiques en accession directe à la propriété. Car les banques commerciales vers lesquelles elle s'était tournée n'accordent pas de prêts à long terme. La location-vente ou la location simple n'était donc plus possible. L'entreprise vit alors d'énormes difficultés. Une restructuration de l'entreprise est engagée en 1994 qui permet à la SICOGI d'échapper à la privatisation. Mieux, avec l'arrivée de Libi Koita à la tête de la société en 2001, la SICOGI a renoué avec la croissance. Et continue de se battre pour remplir sa mission première qui est de loger les Ivoiriens dans des conditions décentes.
Interview réalisée par
Emmanuel Akani et Vincent Kouassi |